Spécial "Nouvelles Vagues"

  

A la fin des années cinquante, la nouvelle vague déferle des deux côtés de l'atlantique. Au Brésil, la Bossa Nova, initiée par Vinicius de Moraes, Antonio Carlos Jobim et Joao Gilberto, profite des années "Kubitschek" pour donner un souffle nouveau à la Samba et révolutionner la musique. En France, de jeunes cinéastes font exploser les carcans du cinéma traditionnel. Ils ont pour noms Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, Claude Chabrol, Eric Rohmer, Jacques Demy ou François Truffaut. L'album du "Stephane Kerecki Quartet" est l'occasion d'évoquer quelques aspects de la musique Brésilienne.

Disques

Stéphane KERECKI Quartet / Nouvelle vague

Le Jazz est intimement lié à l'aventure de la nouvelle vague cinématographique avec des musiciens comme Miles Davis, Les Jazz Messengers, Barney Wilen, Martial Solal et Michel Legrand. C'est ce patrimoine que le contrebassiste Stéphane Kerecki a choisi d'explorer, entouré de John Taylor (piano), Emile Parisien (saxophone soprano), Fabrice Moreau (batterie) et, sur deux titres, Jeanne Added (chant). Comme le dit lui-même Stéphane Kerecki, "la démarche des cinéastes de la nouvelle vague rejoint celle des musiciens de Jazz dans une recherche éperdue de liberté". Dès la première plage, "Charlie et Lena" de Georges Delerue, extrait de "Tirez sur le pianiste" de Truffaut, on est saisi par la qualité de l'ensemble. Mais là où on les attend vraiment c'est sur le générique d'Ascenseur pour l'échafaud, véritable juge de paix du disque. Résultat, une version époustouflante, sublimée par le soprano d'Emile Parisien. Ne ratez pas ce petit bijou.

 

 

Ce n'est pas du Jazz, mais ...

Marcio FARACO ou la Bossa Nova réinventée

 

Né en 1963, celui qu'on a coutume de qualifier de "fils spirituel" de Joao Gilberto a commencé la guitare à l'âge de 10 ans et compose de la musique depuis qu'il a 17 ans. Il a toujours baigné dans la Bossa Nova et en est aujourd'hui l'un des meilleurs représentants, contribuant à en faire une musique toujours vivante et actuelle. Après s'être installé en France, c'est grâce à sa recontre avec Chico Buarque De Hollanda qu'il a enregistré son premier disque, "Ciranda", en 2000. Depuis, il n'a cessé de nous faire partager son univers intimiste et dépouillé, jusquà son dernier album "O Tempo" (2013).

"La Bossa Nova est une Samba d'appartement".

Marcio Faraco

 

 

Sergio MENDES ou le retour d'une légende

Au début des années soixante, le compositeur, pianiste et arrangeur Sergio Mendes fait une apparition tonitruante sur la scène musicale Brésilienne. Immédiatement, son talent attire l'attention d'Antonio Carlos Jobim et Cannonball Adderley choisit sa formation pour l'enregistrement de "Cannonball's Bossa Nova". En 1966, la sortie de l'album "Brasil 66" est un véritable coup de tonnerre. Il réussit l'improbable synthèse entre la Samba, la Bossa Nova, le Jazz et la Pop Music. Sa reprise de "Mas Que Nada" de Jorge Ben, dont la couleur musicale doit beaucoup aux deux chanteuses, Lani Hall et Janis Hansen,  est un succès mondial. S'ensuivront de nombreux disques de qualité inégale puis Sergio Mendes s'effacera de le scène musicale. Le voici de retour, à 73 ans, avec "Magic". Un disque très varié qui mèle habilement différents styles musicaux avec une mention particulière pour "Don't Say Goodbye", chanté par John Legend et qui nous ramène à l'époque où Sergio Mendes avait collaboré avec Stevie Wonder.

 

 

Deux Disques "Références"

Joao GILBERTO / Chega De Saudade

Ce premier album de Joao Gilberto (1958) est aussi considéré comme étant le premier véritable enregistrement de la Bossa Nova. On y retrouve quelques morceaux phares du genre comme la chanson titre (Antonio Carlos Jobim & Vinicius De Moraes), "Desafinado" (Antonio Carlos Jobim & Newton Mendonça), "Maria Ninguem" (Carlos Lyra) et "Bim Bom" (Joao Gilberto). Joao Gilberto est l'initiateur d'un nouveau style de jeu de guitare, tout en accords décalés, dont l'apport a été décisif dans l'élaboration du style "Bossa Nova". Sa façon de pincer les cordes était surnommée "Violao Gago" (guitare bègue) et à l'époque, il était le seul à pouvoir jouer ce rythme. C'est aussi un personnage un peu particulier, perfectionniste à l'extrème et quasi misanthrope. A l'intar d'un Keith Jarrett, il n'est pas rare qu'il interrompe brutalement un concert si la sonorisation est de mauvaise qualité ou si le public n'est pas assez attentif. Il n'en reste pas moins un musicien majeur de la scène Brésilienne, et aujourd'hui encore, à 83 ans, il continue à se produire sur les scènes du monde entier. Pour ma part, j'ai eu la chance de le voir sur scène en 2003.

A écouter également : "Joao Gilberto Prado Pereira De Oliveira", enregistré en public en 1980 à "TV Globo", sur lequel figure une version très émouvante de "Chega De Saudade", en duo avec sa fille Bebel, alors âgée de 14 ans.
(voir le lien en bas de page).

VINICIUS + BETHANIA + TOQUINHO / En La Fusa

Enregistré en deux jours, en janvier 1971 à Mar Del Plata en Argentine, ce disque restitue à merveille l'esprit de la Bossa Nova. Vinicius De Moraes (Chant), Maria Bethania (chant) et Toquinho (guitare) sont ici accompagnés par quatre musiciens locaux. La complicité entre les artistes est évidente dès le premier morceau "A Tonga Da Mironga Do Kabulete". Mais, le morceau de bravoure du disque est bien évidemment "Samba Da Bençao" (Samba de la bénédiction). Cette composition de Baden Powell et Vinicius De Moraes rend hommage à la musique Brésilienne et à tous ses grands compositeurs depuis Pixinguinhia jusqu'à Chico Buarque De Hollanda. Pierre Barouh, "le Français le plus Brésilien de France" comme il le dit lui-même, en a fait une excellente version sous le titre "Samba Saravah". Il avait entendu la chanson lors d'un séjour au Brésil et en rentrant, il la fit écouter à Claude Lelouch qui était alors en train de préparer le film "Un homme et une femme". Celui-ci fut tellement enthousiasmé qu'il modifia immédiatement le scénario afin que Pierre Barouh, qui joue le rôle du mari d'Anouk Aimée, puisse la chanter dans le film.

Un morceau, une histoire

Aguas de Março

La chanson "Aguas de Março" (les eaux de mars) a été composée en 1972 par l'un des pères de la Bossa Nova, Antonio Carlos Jobim. Le texte n'est pas un récit à proprement parler mais une suite d'images qui illustrent la saison des pluies, à la fin de l'été, dans la région de Rio. Cette même année, elle est enregistrée par Jobim, lui-même, sur un EP "O Tom" et par la chanteuse Elis Regina sur l'album "Elis". Le succès n'est pas au rendez-vous mais l'année suivante, les deux chanteurs se retrouvent pour enregistrer l'album "Elis et Tom" sur lequel figure la version de référence de la chanson qui devient alors très vite un classique de la musique Brésilienne. A noter, que chaque morceau de cet album a été enregistré en une seule prise ce qui lui confère une spontanéité unique. Sur la vidéo (voir le lien en bas de page), vous pourrez constater le bonheur évident que les deux artistes avaient de chanter ensemble. Cette chanson a été reprise par une multitude d'artistes. Parmi les meilleures versions, on peut citer celle de Stan Getz, Miucha et Joao Gilberto sur l'album "The Best Of Two Worlds" (1976) avec un tempo de guitare "démoniaque" comme seul Joao Gilberto est capable d'en assurer un. A noter également, que Georges Moustaki, un des meilleurs spécialistes de la musique Brésilienne en France, l'a chantée sur son album "Déclaration", encouragé et aidé à traduire le texte en Français par Jobim lui-même. La dernière version en date, chantée par Stacey Kent et Marcos Valle, figure sur l'album "Brazil" du quatuor Ebène (2014). C'est d'ailleurs une bonne occasion de redécouvrir l'album "O Compositor E O Cantor" de Marcos Valle (1964) sur lequel figure la version originale d'un autre classique, "Samba de Verao".

Vu sur le Net

Je ne saurais trop vous inciter à "trainer" sur le Net, on y trouve des choses fabuleuses. Par exemple, une version en public de "Desde Que O Samba E Samba" par Caetano Veloso" (voir le lien en bas de page).
Tout simplement magique ! ! !

Une photo, une histoire

Vinicius De Moraes & Helô Pinheiro

Pour une fois, je n'ai pas choisi l'une de mes photos pour vous raconter cette histoire. Elle se passe à Rio De Janeiro pendant l'été 1962. Le poète Vinicius de Moraes et son ami, le compositeur Antonio Carlos Jobim s'installent chaque jour à la terrasse du "Café Veloso", tout près de la plage d'Ipanema. Tous les soirs, ils regardent passer une jeune fille de 18 ans qui rentre de la plage. Elle marche avec une telle grâce que Vinicius la qualifie de "Sheer Poetry" (pure poésie). Ils décident d'en faire une chanson et tandis que Vinicius commence à griffoner des paroles sur la nappe en papier, Tom Jobim invente une mélodie qui rappelle le balancement de la démarche de la jeune Heloisa Eneida Menezes Paes Pinto, dite Helô Pinheiro. Le résultat, "A Garota De Ipanema" (The Girl From Ipanema), l'une des plus belles chansons du duo. La version de référence figure sur l'album Getz / Gilberto, enregistré en mars 1963. Aux côtés de Stan Getz (Tenor Saxophone), on retrouve Joao Gilberto (Guitar & Vocal), Antonio Carlos Jobim (Piano), Tommy Williams (Bass), Milton Banana (Drums) et Astrud Gilberto (Vocal). Plus Kitch, la version que l'on peut voir dans "Get Yourself A College Girl", un petit film sorti en 1964 (lien en bas de page). En 2001, Helô Pinheiro décide d'ouvrir une boutique nommée "Garota De Ipanema" mais les détenteurs des droits de la chanson lui intentent un procès qu'ils perdront, heureusement. Agée aujourd'hui de 69 ans, Helô Pinheiro vit toujours à Rio. Vinicius de Moraes est décédé en 1980 et Antonio Carlos Jobim en 1994.

Une photo, une histoire

Brooklyn - Brighton Beach  - 26 août 2013

Brighton Beach est un quartier totalement méconnu de Brooklyn. A moins d'une heure de métro du centre de Manhattan, on se retrouve transporté au bord de la Mer Noire. Le quartier a été surnommé "Little Odessa" par les immigrants Juifs Russes qui en constituent la première communauté depuis le début du 20e siècle, les rives de l'Hudson River leur rappelant les bords de la Mer Noire. L'avenue principale, bordée de boutiques qui vendent les produits traditionnels Russes, s'étend de chaque côté du métro aérien. Beaucoup d'artistes sont nés ou ont vécu dans le quartier. C'est le cas de la chanteuse, aujourd'hui oubliée, Helen Forrest. Elle fût pourtant l'une des chanteuses blanches les plus célèbres des années quarante (avec Kitty Kallen) au sein des orchestres d'Artie Shaw puis de Benny Goodman et d'Harry James.

Saint Thomas - US Virgin Islands - 06 Février 2005

Saint Thomas - US Virgin Islands - 06 Février 2005

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