"Jazz is not just Music. It's a way of Life, It's a way of Being, A way of Thinking". Nina Simone

Le morceau du mois

Harry BELAFONTE / Try To Remember

Disques

Keith JARRETT / Bordeaux Concert

En 2020, dans une interview donnée au New York Times, Keith Jarrett annonçait qu'il ne pourrait vraisemblablement plus jamais se produire en concert, partiellement paralysé par deux accidents vasculaires cérébraux survenus en 2018.
"On me dit que le maximum que je pourrai récupérer de ma main gauche, c'est la capacité de tenir un verre. Je ne sais pas à quoi peut ressembler mon avenir. A l'heure actuelle, je n'ai plus l'impression d'être un pianiste", disait-il. Terrible confidence de la part d'un artiste hors du commun, véritable légende vivante du Jazz. Il est, au piano, l'égal d'un John Coltrane au saxophone ou d'un Miles Davis à la trompette. 

Heureusement pour nous, les tiroirs des maisons de disques regorgent d'enregistrements inédits. Après les concerts de Munich et Budapest, ECM publie celui de Bordeaux, le troisième témoignage de la tournée européenne du pianiste en 2016, enregistré le 6 juillet dans le cadre du festival "Jazz and Wine". En treize pièces magnifiquement improvisées, Keith Jarrett, tour à tour lyrique ou explosif, explore tous les styles, tous les genres, y compris un étonnant Blues (Part VIII). Ce soir-là, il était réellement au sommet de son art. Evidemment, on ne peut s'empêcher de penser au célèbrissime "Köln Concert" (1975), l'un des rares disques de Jazz qui a su toucher tous les publics. Mais à la réflexion et après réécoute du "Köln", les deux enregistrements sont tellements différents dans leur structure même, que cette comparaison me semble vaine. "Bordeaux Concert" se suffit amplement à lui-même.

Ce "Bordeaux" est un très grand cru à déguster sans modération.

              

Loïs LE VAN / Vind 2.0


S'il est un artiste atypique, c'est bien Loïs Le Van. Il nous avait déjà séduit avec "Vind" (voir la Newsletter de septembre 2019). Le revoici avec "Vind 2.0", toujours accompagné par Sandrine Marchetti (Piano) et Paul Jarret (guitare). Formé au conservatoire de Lyon, il a ensuite étudié en Californie puis en Belgique avec David Linx. Sa voix toute en nuances et en sensibilité, aux intonations subtiles, fait merveille sur cette longue réverie musicale.
A coup sûr, vous serez surpris mais forcément séduits par ce prodige de l'art vocal.

"Avec Sandrine et Paul, dès les premiers instants, nous avons eu une complicité musicale que nous avons développée au fil du temps, et j’ai envie de voir jusqu’où notre trio peut évoluer sans perdre son essence. Nous avons en commun la quête de justesse du propos musical, l’envie d’aller à l’essentiel, de ne pas vouloir que les choses techniques aient l’air techniques, l’amour du silence et de l’espace… Il faut que toutes les notes aient un sens et soient vraiment senties". Loïs Le Van

https://loislevan.com/

              

Gaël HORELLOU / Dalonaz


"Dalonaz" est le troisième volume du projet initié en 2017 par le saxophoniste Gaël Horellou avec l'album "Identité" et poursuivi avec "Tous les peuples" (2019). Gaël Horellou a découvert la Réunion en 2011. Il est tombé sous le charme de l'ile, de sa culture et de sa musique, en particulier le Maloya, l'un des genres musicaux majeurs de l'ile avec le Séga. Il mèle habilement les sonorités du Jazz, du Blues et les percussions du Maloya pour nous offrir une musique métisse tout à fait enthousiasmante. En créole, "Dalonaz" signifie amitié ou camaraderie et ce titre caractérise bien le lien très fort qui unit ces artistes venus d'horizons différents. A noter, la très belle pochette réalisée par le dessinateur de BD Alexis Horellou.
Gaël Horelou est un musicien éclectique qui navigue allègrement entre Bop et musique électronique.
J'espère que la parution de cet album sera, pour vous, l'occasion de découvrir les autres facettes de son talent.

Je vous conseille, en particulier, "Coup de Vent" (2018), enregistré en Quintet avec notamment le trompettiste Jeremy Pelt.

"Une identité à chercher quelque part entre un toit de case en tôle ondulée et la brique rouge de Brooklyn".

http://www.gaelhorellou.com/
 

              

Ce n'est pas du Jazz mais...

Lehmanns Brothers / The Youngling Vol. 2 (Alhambra Studios Live Session)


L'histoire de ce jeune groupe mérite d'être racontée.

C’est en 2012, à Angoulême, dans un petit garage de l’avenue Lehmann, que se sont retrouvés cinq élèves scolarisés en option musique au lycée Guez De Balzac et partageant la même passion pour les rythmes-afro-américains. Influencés par des funkers tels que Prince, Ghost-Note ou D'Angelo, ils entendent revisiter à leur tour le jazz-funk des seventies, tout en y instillant des échos hip-hop, house et nu-soul.

Les Lehmanns Brothers sont principalement un groupe de scène, ce n'est donc pas un hasard si cet EP a été enregistré dans les conditions du Live, à l'Alhambra Studios de Rochefort sur Mer. Les cinq Lehmanns sont accompagnés par une dizaine d'invités, en particulier une très belle section de cuivres.
Je trouve que c'est absolument bluffant.

L'album, un EP de cinq titres, sortira le 18 novembre.

https://lehmannsbrothers.com/

              

Un morceau, une histoire

Marcos & Paulo Sérgio VALLE / Samba De Verão (So Nice)


"Samba De Verão", également connue sous le titre de "So Nice" est une chanson composée en 1964 par Marcos Valle. Les paroles originales, en Brésilien, ont été écrites par son frère Paulo Sérgio et on doit la version anglaise à Norman Gimbel. Marcos Valle raconte "Quand j'ai écrit Samba De Verão, en 1964 avec mon frère Paulo, j'avais 21 ans, presque 22 ans. Nous l'avons écrite dans notre chambre, dans la maison de nos parents à Rio. Ce que j'écoutais à ce moment-là c'était beaucoup de Bossa Nova. C'est-à-dire beaucoup d'Antonio Carlos Jobim, de Robert Menescal et de Carlos Lyra. Nous habitions près de la plage, et mon frère et moi étions surfeurs. L'émotion de surfer, les filles, tout cela se retrouve dans notre portrait romantique de Rio". Outre celle de Marcos Valle, la première version notable de "Samba De Verão" a été enregistrée par le "Brasil '65" de Sergio Mendez avec la chanteuse Wanda De Sah. Beaucoup d'autres ont suivi, faisant de cette chanson un standard de la Bossa Nova et du Jazz, en voici quelques-unes.

Dizzy Gillespie "The Melody Lingers On" (1966), Astrud Gilberto & Walter Wanderley "A Certain Smile, A Certain Sadness" (1967), Ramsey Lewis "Goin' Latin" (1967), Stacey Kent & Jim Tomlinson "Brazilian Sketches" (2001), Diana Krall "Quiet Nights" (2009)

              

              

              

Partition d'automne - La chronique de Philippe VINCENT

A l’approche des fêtes de fin d’année les nouveautés se font nombreuses et notre choix s’est avéré cornélien ce mois-ci vu la place qui nous est impartie. D’autant plus qu’un livre incontournable est venu se glisser au milieu de la pile de nouveaux CD.

Eric Le Lann n’est pas écrivain mais le brillant trompettiste que nous connaissons bien nous propose un petit ouvrage qui nous a emballé. Ni une vraie biographie, ni un essai, ni un simple livre de souvenirs mais un peu tout ça à la fois, il nous fait partager des tranches de vie à travers un style direct et sans chichis. Sans plan vraiment préétabli non plus, il peut sauter du coq à l’âne et revenir en arrière mais quelle importance puisque ce qu’il nous conte est passionnant d’un bout à l’autre. Humour, émotion mais aussi parfois amertume ou rancœur percent à  travers un texte dont une bonne partie nous emmène derrière le rideau de scène à la rencontre de Martial Solal, René Urtreger, Archie Shepp, Herbie Hancock, Billy Higgins, Al Foster et bien d’autres parmi lesquels, surtout, Chet Baker avec qui il se lia d’amitié. On croise aussi Lavilliers, Nougaro, Bertrand Tavernier, Jean-Pierre Marielle, Marie Trintignant … “Scorpion ascendant belon”, voilà 160 pages qui se dévorent d’un trait et dont l’authenticité et l’honnêteté enchanteront les amateurs de jazz. Le livre est disponible sur Amazon en format papier ou numérique. Vous pouvez également le commander directement auprès de l'artiste (voir sur son site).

https://www.ericlelann.com/

Autre musicien que j’aime beaucoup, le pianiste Marc Copland nous comble avec son album “Someday” (InnerVoiceJazz/L’Autre Distribution). Nous vous avons souvent parlé de ses disques en solo ou en trio (tous superbes) mais c’est en quartet qu’il se présente ici, ce qu’il n’avait pas fait depuis un moment. Pas de surprise pour le bassiste qui est avec lui puisque Drew Gress est un de ses vieux compagnons de route, mais ce sont deux musiciens de la génération suivante que Copland a choisi pour ce projet. Si le batteur Mark Ferber n’est pas inconnu (Gary Peacock, Ralph Alessi), certains découvriront le saxophoniste Robin Verheyen qui a du talent à revendre. Tant au ténor qu’au soprano, ce belge installé aux Etats-Unis depuis un moment déjà n’a rien à envier aux meilleurs. De Someday My Prince Will Come à Nardis en passant par des compositions personnelles, ce disque est sans aucun doute l’un des meilleurs en quartet de cette fin d’année. Ça groove, ça swingue, c’est inventif, il y a là tout ce que le jazz d’aujourd’hui peut nous donner de meilleur. A 74 ans, Marc Copland est au sommet de son art. Mais ça, nous le savions déjà depuis un moment.

http://www.marccopland.com/

Dans un genre totalement différent, les danois Hasse Poulsen & Henrik Simonsen nous offrent, avec “The Parsonage Melodies” (Das Kapital Records/L’Autre Distribution) un duo intimiste guitare/contrebasse rappelant la tradition folk des jolies mélodies scandinaves. Hasse Poulsen a composé ce répertoire pendant les confinements de 2020, inspiré par la nature et les paysages nordiques (une nature ancrée au plus profond de la culture viking) autour de son village de Sollerod et du presbytère (Parsonage en anglais) où l’album a été enregistré. Rien à voir avec la musique du trio Das Kapital qui a fait connaître le guitariste en France mais plutôt à rapprocher du beau duo qu’il a fait il y a deux ans avec le trompettiste Thomas Fryland. Un album plein de sérénité et, presque, de recueillement, à écouter dans le silence d’une tempête de neige.

http://www.poulsen.fr/       

http://www.henriksimonsen.com/

              


Mais après tous ces musiciens de renommée internationale, il nous faut faire une place à une jeune artiste dont le talent les fera certainement rejoindre un jour. Alba Obert est violoniste et nous avions été subjugués l’an dernier lors de son passage au Respire Jazz Festival lorsqu’elle s’était imposée de façon magistrale dans les jam sessions de fin de soirée. Formée au violon classique, elle est allée trouver dans le jazz la liberté que sa jeunesse appelait de ses vœux puis elle a joué dans la rue et découvert le répertoire manouche et la musique des Balkans avant d’intégrer le Centre des Musiques Didier Lockwood. Dans ce “Kaleidoscope” (Art District Music/Socadisc) qui porte bien son nom, on retrouve ces influences mêlées aussi parfois à celle du jazz-rock mais, après ce premier disque, la jeune femme aura le temps d’affirmer un style plus univoque. Elle a une justesse, un swing, un timing et une sonorité étonnants en début de carrière. Et pour le moment, avec Lazarsko Horo, Shakti Spirit ou d’autres morceaux, écoutez le violon enchanteur de cette jeune femme à qui l’avenir tend les bras.
 

              

Philippe Vincent



Directeur de la Société OMD (1983 - 1996) spécialisée dans la distribution de labels Jazz
(Enja, Timeless, Muse, Sunnyside, GRP, etc), créateur du label IDA Records (1984 - 1998)
qui enregistra Barney Wilen, Louis Sclavis, Laurent De Wilde, Enrico Pierannunzi
et bien d'autres, Philippe Vincent est membre de l'Académie du Jazz et collaborateur
régulier de Jazz Magazine depuis 2008.

A voir absolument

La fabuleuse histoire du Jazz à Vienne

 

Voici un documentaire absolument formidable, une heure trente de pur bonheur ! Il a été diffusé sur France 4 le 19 septembre dernier et on peut heureusement le revoir sur Internet. Il suffit de se rendre sur la page ci-desous et de créer un compte gratuit.

https://www.france.tv/france-4/la-fabuleuse-histoire-du-jazz-a-vienne/4070116-emission-du-lundi-19-septembre-2022.html#:~:text=L'embl%C3%A9matique%20festival%20Jazz%20%C3%A0,Pierre%20Vignola%20et%20George%20Wein.

40 ans de festival racontés par ceux qui l'on créé (Jean-Paul Bouteiller, Jean Gueffier, Pierre Dmeyne, George Wein...) avec des témoignages d'artistes et des images d'archives qui nous remémorent toutes ces soirées passées dans les gradins du théâtre antique.

Janis Siegel & Cheryl Bentyne (Manhattan Transfer) - Jazz à Vienne 1991

A lire

Jazz Magazine - Novembre 2022

Un très beau numéro de Jazz Magazine ce mois-ci avec, en particulier, un hommage à Pharoah Sanders et un dossier très complet sur l'une des plus belles formule du Jazz, le trio, avec un focus sur celui que l'on pourrait qualifier de Roi des Trios, celui formé de Bill Evans (Piano), Scott LaFaro (Contrebasse) & Paul Motian (Batterie).

              

Un artiste à découvrir ou à redécouvrir

Piet MONDRIAN (1872 - 1944)

Piet Mondrian est un artiste Néerlandais né en 1872 à Amerstfoort. Tout au long de sa vie, il n'aura cessé de faire évoluer son style pour aboutir à l'abstraction géométrique dont il fut l'un des initiateurs et qui a fait sa réputation. Son influence s'est étendue bien au-delà de la peinture. On peut citer la "robe Mondrian", créée en 1965 par le couturier Yves Saint Laurent ou le logo de la ligne de produits "Studio Line" de l'Oréal.
Personnement, je n'ai pas vraiment d'attrait pour l'abstraction. En revanche, j'apprécie les oeuvres de Mondrian du début du 20e siècle comme cette magnifique "Ferme près de Duivendrecht".

"Ferme près de Duivendrecht" - Huile sur Toile - 108,5 X 85,5 (1916)

Une photo, une histoire

Italie - Florence - Piazza Della Signoria - Palazzo Vecchio - "L'importun" - 03 février 2020

Les touristes qui se pressent Piazza Della Signoria et "mitraillent" le Palazzo Vecchio ne remarquent généralement pas ce bas relief, situé à l'angle inférieur droit de la façade du palais. La légende raconte que Michel-Ange, installé à Florence pour superviser la mise en place de sa statue de David, était sans cesse dérangé dans son travail par un homme qui lui racontait ses malheurs (l'importun). Il décida alors de sculpter son profil. 

Mon dernier album photos en ligne sur Adobe Express

My Favorite Pictures


Parmi les milliers de photos que j'ai prises au fil des années, j'en ai sélectionnées quelques-unes, mes préférées.

https://express.adobe.com/page/SlSWDkktyzzRu/

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South Africa - Johannesburg - Soweto Township - 20 janvier 2014

"I don't have a definition of Jazz. You're just supposed to know it when you hear it".
Thelonious Monk

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