Mimi PERRIN

Mimi Perrin, la grande dame du Jazz vocal s'est éteinte le 16 novembre 2010 à son domicile Parisien. Elle était âgée de 84 ans. Elle fait partie de ces artistes qui ont apporté une contribution majeure à l'évolution de la musique. Enseignante en anglais, elle se tourne vers la musique au début des années cinquante. Tout d'abord pianiste dans les clubs de St Germain des Prés, elle intègre les "Blue Stars de Paris" de Blossom Dearie. Inspirée par le trio vocal Lambert, Hendricks & Ross, elle fonde, en 1956, les Double Six pour qui elle écrit des arrangements novateurs et grâce à une technique d'enregistrement nouvelle, les six chanteurs et chanteuses semblent être douze (d'où leur nom). Le résultat, des enregistrements qui reproduisent à la perfection les originaux. Il ne s'agit pas d'une simple imitation mais d'une véritable oeuvre créatrice. Mimi Perrin réussit le véritable tour de force de faire swinger, en Français, des standards de Jazz. La plus parfaite illustration de l'art des Double Six réside dans leur interprétation de "For Lena And Lenny" (En flanant dans Paris). Il suffit d'écouter la version originale de Count Basie et celle des Double Six pour en être convaincu. En raison des problèmes de santé de Mimi Perrin, les Double Six cessent d'exister en 1966. Ils n'auront enregistré que quatre disques entre 1959 et 1964. Depuis 1989, Mimi Perrin était avec sa fille, Isabelle, la traductrice attitrée du romancier Britannique John Le Carré.

Anecdote personnelle

J'avais eu la chance de la rencontrer, en 1991, dans le studio où elle supervisait l'enregistrement d'une session du groupe vocal "Indigo". Je garde le souvenir de sa grande gentillesse et de son extrème professionnalisme.

Rigmor GUSTAFSSON - Calling You

Rigmor Gustafsson - Calling You

La sortie de ce disque est l'occasion de rappeler l'extraordinaire richesse du Jazz Suédois.Les "anciens", bien sûr, et en tout premier lieu le pianiste Jan Johansson mais aussi, la chanteuse Monica Zetterlund ou le saxophoniste baryton Lars Gullin et les "modernes", en particulier le formidable pianiste Esbjôrn Svensson (malheureusement décédé accidentellement en 2008, à l'âge de 44 ans) et le tromboniste Nils Landgren. A noter par ailleurs que de prestigieux musiciens Américians comme Stan Getz, James Moody et Quincy Jones ont fait de long séjours en Suède, contribuant ainsi à faire de Stockholm, une des capitales du Jazz en Europe avec Paris et Copenhague. Cet enregistrement est le fruit d'une collaboration audacieuse entre la chanteuse Rigmor Gustafsson et le Radio String Quartet Vienna. Le résultat est d'une richesse musicale incroyable pour cette formule tout à fait inédite qui élève l'interprétation au niveau de la re-création. Nils Landgren résume ainsi l'art de la chanteuse :"Elle porte son âme dans sa voix". Toutes les plages du disque sont excellente avec une mention particulière pour le "Dry Cleaner From Des Moines" de Joni Mitchell.

 

Repères biographiques

Rigmor GUSTAFSSON est née le 12 avril 1966 à Värmsskog en Suède. En 1986, elle entreprend des études de musicologie au Royal College Of Music de Stockholm. En 1994, elle forme son premier quartet et en 1996, elle publie son premier disque "In The Light Of The Day". Elle acquiert très vite une grande notoriété en Suède puis sa renommée s'étend jusqu'aux Etats-Unis (concert au Carnegie Hall en 2000). Elle collabore avec queqlues grands noms du Jazz Fred Hersch, Mark Turner, Avishaï Cohen ou Randy Brecker. Elle est aujourd'hui la figure de proue du Jazz Suédois avec déja 8 albums à son actif.

Stan GETZ / Kenny BARRON - People Time (The Complete Recordings)

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Le Jazz n’est pas une musique « kleenex »,  de celles qu’on prend puis qu’on jette au gré des intérêts des marchands de tous poils.

Certes, la nouveauté, si elle est synonyme de création, est indispensable.

C’est par elle que la musique évolue et se renouvelle.

En revanche, ignorer les chefs d’œuvre du passé sous prétexte qu’ils ont quelques années ou quelques décennies, ne peut en aucun cas permettre au mélomane d’approcher le sens le plus profond de la musique. Cette réédition des concerts du "Café Montmartre" arrive à point nommé pour nous le rappeler. En ce mois de mars 1991, Stan Getz est au Zénith de son art mais au crépuscule de sa vie. Il mourra trois mois plus tard, le  6 juin.

S'agit-il d'une décision mûrement réfléchie ou d'une impérieuse nécessité qui le dépasse, nul ne le sait mais il décide de revenir jouer, pendant quelques jours, dans son club préféré, le "Café Montmartre" de Copenhague, avec pour seul compagnon, le pianiste Kenny Barron.

De ces quatre soirées magiques, nous ne connaissions qu'une anthologie publiée en 1992.

Aujourd'hui, nous recevons un cadeau inestimable, l'intégralité en 7 CD des 35 plages gravées par Stan Getz. Tout discours au sujet de ces instants magiques serait superflu.

Il suffit d'écouter encore et encore "The Sound" réinventer la musique.

  

J'ai eu la chance de voir Stan Getz sur scène, en juillet 1990 avec ce même Kenny Barron au piano, Alex Blake à la basse et Terry Lyne Carrington à la batterie. Je garde le souvenir à la fois émerveillé et un peu triste d'un homme épuisé par la maladie mais transcendé par la musique.

"Je n'ai jamais joué une seule note que je n'aie vraiment sentie au plus intime de moi-même. J'aimerais que cette vérité soit mon épitaphe." Stan GETZ

 Jean-Pierre LELOIR

Le photographe Jean-Pierre LELOIR est décédé, le 20/12/2010, à l'âge de 79 ans.

Il venait de publier, aux Editions "La Martinière", un ouvrage intitulé "Portraits Jazz", qui retrace sa longue carrière consacrée à la scène musicale.

Ce grand témoin de l'histoire de l'art a photographié les plus grands Jazzmen mais aussi tous les artistes importants de son époque comme en témoigne cette image qui reste sa plus célèbre.

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Il avait également participé à l'aventure du Théâtre National Populaire de Jean VILLAR et été l'un des membres fondateurs de la revue "Rock & Folk.

Une anecdote personnelle

En 1992, j'ai assisté au Festival "Jazz à Vienne" dans des conditions privilégiées puisque j'accompagnais mon ami le producteur Philippe VINCENT et le groupe "Vox Office" qui se produisait en première partie de Bobby McFerrin.

L'après-midi, dans un théâtre antique encore vide de spectateurs, chanteurs et musiciens de "Vox Office" faisaient la balance.

L'ambiance était très décontractée, le pianiste Laurent DE WILDE improvisant une partie de Frisbee avec une assiette en plastique. 

Installé dans un coin de la scène , je prenais des photos.

Un peu plus loin, un autre photographe, un vrai celui-là puisqu’il utilisait un Leica, mitraillait les artistes.

Au bout d’un moment, nous nous sommes mis à discuter et c’est là que j’ai appris qu’il s’agissait de Jean-Pierre LELOIR.

J’étais très impressionné mais il m’a mis à l’aise, me donnant des conseils pour prendre mes photos et me parlant avec beaucoup de gentillesse de ses séances de photos avec Hendrix, Les Rolling Stones et Dylan.

Souvenir de concert

Blossom DEARIE - Danny's Skylight Room - 18/08/2002

Situé au coeur de Broadway, dans la 46e rue, le Danny's Grand Sea Palace est un restaurant avec piano bar.

Il comporte également une petite salle de spectacle d'une vingtaine de tables, le Danny's Skylight Room. C'est là que Blossom Dearie se produit régulièrement depuis mai 2001. J'ai profité d'un séjour en Pennsylvanie et en Virginie pour faire un détour par New-York et avoir enfin le plaisir de voir et d'entendre celle que je surnomme affectueusement "ma troisième grand-mère" et que je considère comme une personnalité essentielle du Jazz moderne. Malgré ses 76 ans, Blossom est dans une forme étonnante, toujours malicieuse et pleine d'humour.

Soutenue par un bassiste et un batteur, elle s'accompagne avec talent au piano pendant deux sets de 45 minutes.

Elle interprète quelques uns de ses plus fameux succès (Give Me The Hoo La La, Surrey With The Fringe On Top, par exemple) et plusieurs morceaux de son dernier disque "Blossom's Planet" (Bye Bye Country Boy, Bluesette, La belle dame sans regrets).

Comment mieux définir son art qu'en reprenant les phrases qui suivent , tirées du Dictionnaire du Jazz (Collection Bouquins - Editions Robert Laffond) : "Le ton de Blossom Dearie est d'une ingénuité délicate, sa voix étirant une couleur d'enfance définitive. Voix gracieuse, acidulée un peu, au timbre pincé, c'est une menthe. Voix de fragilité qu'une écoute distraite pourrait prendre pour inassurée, elle est au contraire d'une d'une certitude sophistiquée de placement mais qui se voile, feignant parfois la maladresse d'une débutante .../... Elle s'attache aux paroles avec une gourmandise de comédienne".

A la pause et après le spectacle, j'ai eu le bonheur de faire quelques photos et de bavarder avec Blossom qui a gentiment accepté de répondre à mes questions. Je lui ai bien sûr demandé si elle avait un "Nickname". Après quelques instants de réflexion, elle a laché "Tiger" puis plus tard au cours de la soirée, elle m'a avoué qu'en réalité, elle n'avait jamais eu de surnom, ajoutant que son prénom en était presque un.

Elle souhaiterait revenir jouer en France mais trouve les clubs Parisiens beaucoup trop enfumés ! Elle garde un souvenir ému de son séjour dans notre pays dans les années cinquante, citant Mimi Perrin, Christiane et Michel Legrand et évidemment les Blue Stars de Paris.

Blossom DEARIE est morte le 7 février 2009. 

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