Concerts

Youn Sun NAH  나윤선 - Villars 16/10/2011

You Sun NAH - Vocals, Kalimba, Kazoo, Boite à musique

Ulf WAKENUIS - Guitar 

"La musique ouvre des instants d'éternité qui effacent l'affligeant scandale de la mort et rachètent les déplorables misères de la vie".

Rarement comme ce 16 octobre, cette phrase a eu autant de sens pour moi.  Je fréquente peu les lieux de culte (c'est un euphémisme !) et la perspective d'un concert dans la petite église de Villars ne m'enchantais pas plus que çà. Je dois dire qu'abstraction faite de l'environnement religeux, le lieu présentait deux avantages majeurs : une vraie proximité avec les artistes (nous étions au premier rang, à deux mètres de la scène ce qui m'a permis de faire quelques photos) et une acoustique parfaite.

Avant l'entrée en scène de la "chanteuse exceptionnelle" comme il l'appelle, Ulf Wakenuis nous a gratifié d'une version décoiffante du standard de Keith Jarrett "My Song". mettant en valeur sa technique, sa musicalité et son sens des rythmes. Ulf Wakenius est un guitariste Suedois né en 1958. Virtuose de l'instrument, il a notamment joué de maière régulière avec avec le quartet d'Oscar Peterson et le trio de Ray Brown.

Youn Sun Nah 1

Après cette mise en bouche, You Sun Nah entre en scène. Quel contraste entre l'apparence frèle, presque fragile de cette jeune femme timide et l'incroyable puissance de sa voix. Aucun jeu de scène et pourtant, une complicité immédiate s'instaure avec le public. You Sun Nah a gardé beaucoup de fraicheur malgré le succès et semble presque étonnée d'être autant appréciée.

Le répertoire est éclectique (voir ci-dessous) et principalement issu des deux derniers disques de l'artiste. Pour ma part, je retiens deux moments particulièrement forts :

- Le standard "My Favorite Things" qu'elle interprète seule en s'accompagnant d'un Kalimba (instrument Africain de percussion aussi applelé piano à pouces),

- "Avec le temps" de Léo Ferré que je n'avais pas entendu depuis bien longtemps et qui a saisi d'émotion tous les spectateurs (nombre d'entre-eux avaient les yeux humides à la fin du morceau).

Ce soir là, You Sun NAH était LA MUSIQUE.

Titres interprétés :

My Song (Keith Jarrett), Message In A Bottle (Police), Capypso Blues (Nat King Cole), Uncertain Weather (You Sun Nah), My Favorite Things (Rodgers & Hammerstein), Kangwondo Arirang (Korean Traditional), Breakfast In Bagdad (Ulk Wakenius), Avec le temps (Léo Ferré), Jockey Full Of Bourbon (Tom Waits), Enter Sandman (Metallica), Same Girl (Randy Newman).

 

Fred HERSCH - Paris Sunside - 03/10/2011

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Fred Hersch est ce qu'on appelle communément un "musicien pour musiciens". Inconnu du grand public, méconnu des amateurs de Jazz, il est admiré et respecté par ses pairs. Ill se produit rarement en France et c'était pour moi un vrai privilège de pouvoir assister à ce concert.

Dans la petite salle bondée du Sunside, il passerait presque inaperçu s'il ne venait s'installer devant l'instrument. Il n'a que 56 ans mais miné par la maladie, il en parait largement 10 de plus. Séropositf depuis 1986, il se ménage après une grave évolution de sa maladie en 1998.   Le virus attaquant son cerveau, il est resté deux mois dans le coma. Il s'en est sorti mais il ne pouvait plus bouger ses doigts. A force de courage et à la suite d'une longue rééducation, il s'est pourtant remis au piano, se montrant plus fort que jamais sur le plan créatif malgré un handicap technique qu'il a finalement réussi à effacer.

On le présente généralement comme un disciple de Bill Evans. C'est un peu réducteur car il s'est construit à partir d'influences multiples dont les principales sont Thelonius Monk, Wayne Shorter, Antonio Carlos Jobim mais aussi Robert Schumann et Maurice Ravel.

Il est devenu lui-même une référence, en particulier grace à l'enseignement qu'il a dispensé dans le prestigieux Berklee College Of Music, parmi ses élèves, Ethan Iverson, Franck Avitable et Brad Mehldau.

Outre sa carrière de soliste et de leader, il a accompagné une multitude d'artistes comme Art Farmer, Joe Henderson, Chris Connor, Lee Konitz, Charlie Haden & Stan Getz. Ce concert a permis à Fred Herszch de nous proposer, pendant près de trois heures, toutes les facettes de son Art. En ce qui me concerne, je l'aime tout particulièrement dans les morceaux lents et intimistes où s'expriment magnifiquement toute la finesse et et la subtilité de son jeu. Ce soir là, ce fut notamment le cas sur le standard "The Song Is You" et, en rappel, sur l'une de ses plus belles compositions "Valentine". Ses improvisations sont si profondes que plusieurs écoutes seraient nécessaires pour en apprécier pleinement toute la richesse.

Un seul tout petit bemol à cette magnifique soirée, j'aurais préféré un concert en solo. En effet, le bassiste et le batteur, certes excellents techniciens, n'apportaient pas grand chose si ce n'est sur quelques morceaux rapides comme "In Walked Bud" de Monk.

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Alain GERBER - Le conteur du Jazz

Alain Gerber est l'un des tous meilleurs spécialistes du Jazz en France.

Celles et ceux d'entre-vous qui écoutent (ou écoutaient) régulièrement France Musique et France Culture ont forcément, un jour, entendu ce merveilleux conteur qui sait nous dire "les histoires du Jazz" avec une verve et une érudition inégalables. En 1971, il remplace Lucien Malson aux commandes de "Black and Blue" puis il présente "le temps des musiciens" et enfin "le Jazz est un roman".Dans cette dernière émission, il se consacre aux plus grands Jazzmen, Lester Young, Sonny Rollins, Chet Baker, Louis Armstrong, Bill Evans ... La narration s'inspire des faits réels et l'auteur, malgré la part d'imagination de l'écrivain et une vision personnelle et romancée, s'applique à être au plus proche de la réalité des musiciens. Ces textes radiophoniques sont en fait l'expression verbale de textes qu'il publie avec un vrai succès.

"Chet" en 2001 (Chet Baker, "Louie" en 2002 (Louis Armstrong), "Charlie" en 2005 (Charlie Parker), "Lady Day" en 2005 (Billie Holiday), "Paul Desmond et le côté féminin du monde" en 2005, "Miles" en 2007 (Miles Davis, Frankie, le sultan des pâmoisons en 2008 (Franck Sinatra), "Insensiblement Django" en 2010 (Django Reinhardt).

Alain Gerber est également un romancier "classique" reconnu. En 1989, il a reçu le prix Interallié pour "le verger du diable".

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Pilier historique du Jazz à Radio France, il a été remercié sans manières ainsi que plusieurs autres spécialistes de la même génération à la fin de la saison 2007-2008. Alex Duthil, certes bon connaisseur, le remplace avec son "Open Jazz", mais il fait pâle figure à côté du génial Gerber.

Celle et ceux qui veulent s'instruire sur le Jazz avec l'agrément de la belle littérature doivent absolument lire Alain Gerber.

George Shearing

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Le pianiste et compositeur Anglais George Shearing est décédé le 14/02/11 à l'âge de 91 ans dans une consternante indifférence générale. Aveugle de naissance, il apprend le piano dans l'institution spécialisée où il passe son enfance. Adolescent, il dirige un orchestre de musiciens aveugles puis se produit dans les clubs de Jazz Londoniens ou il rencontre notamment Stéphane Grapelli. En 1949, il s'installe aux Etats-Unis où il acquiert très vite une grande notoriété. Il collabore en particulier avec Toots Thielemans, Wes Montgomery, Joe Pass et Gary Burton. Dans les années 60, il consacre beaucoup de temps à la musique classique et anime parallèlement une émission télévisée "The George Shearing Show". A cette époque, il enregistre pour le label Concorde des "rencontres"  avec Carmen McRae, Marian McPartland, Jim Hall et surtout le chanteur Mel Torme. Son association avec ce dernier, aussi bien sur disques qu'en concerts, est d'une incroyable richesse. Ils produisent ensemble un Jazz jubilatoire et Shearing devient alors un musicien très respecté de ses pairs, Bill Evans par exemple. Technicien exceptionnel, c'est aussi un compositeur prolifique. On lui doit plusieurs centaines de titres dont, bien entendu, le fameux "Lullaby Of Birdland", un de mes standards préférés. George Shearing était aussi un remarquable accordéoniste, le premier à avoir joué du "Be Bop" sur cet instrument.

Bye, bye, Sir George, qui sait, peut-être êtes-vous désormais dans le Pays aux Oiseaux ?

Waltz For Debby

Waltz For Debby est une valse, en Fa Majeur, composée par le pianiste Bill Evans. Il a écrit cette pièce pour sa nièce, Debby, la fille de son frère, le pianiste Harry Evans.

La première version enregistrée se trouve sur l'album "New Jazz Conceptions" (1956).

Gene Leess a écrit ultérieurement des paroles en Anglais.

La version de référence a été enregistrée "Live" au Village Vanguard à New York, le 25 juin 1961. On trouve deux prises du morceau sur l'album. Bill Evans est accompagné par Paul Motian (Drums) et Scott LaFaro (Bass). Ce dernier se tuera dans un accident de la route quelques jours après l'enregistrement (le 6 juillet). Au contraire de la première version exclusivement centrée sur l'exposé du thème, les plages du Village Vanguard mettent en évidence le talent d'improvisateur de Bill Evans. Son jeu limpide, reconnaissable entre tous, est un véritable ravissement et ce morceau, dans cette version, correspond exactement à ce que le Jazz peut offrir de meilleur. John Bertil "Beppe" Wolgers a ensuite écrit des paroles en Suédois (Monica Vals). La chanteuse Monica Zetterlund l'a enregistré, sous ce titre, sur son album "Waltz For Debby" (1964). Parmi les interprétations récentes de ce morceau, j'aime bien celle d'Eliane Elias sur son album hommage à Bill Evans, "Something For You", paru en 2008.

A Great Day In Harlem

L'histoire d'une photo.

    Art Kane

Cette photo intitulée "A Great Day In Harlem" ou "Harlem 1958" est l'oeuvre d'Art Kane, un jeune homme passionné de Jazz. Elle a été publiée pour la première fois, en janvier 1959, dans l'édition Jazz du magazine "Esquire" dont Art Kane était le directeur artistique. Son pari était un peu fou, réunir à 10 heures du matin (horaire incongru pour les oiseaux de nuit que sont les Jazzmen) un maximum de musiciens devant un immeuble de la 126e Rue, à Harlem. Ce matin là, Art Kane se demandait si un seul d'entre-eux allait venir. Et puis, il arrivèrent les uns après les autres, 57 des plus célèbres musiciens de l'époque, représentant tous les genres, du "Old Style" au "Be Bop". Sur la photo, on remarque plus particulèrement Marian McParland devisant avec Mary Lou Williams, Count Basie assis au bord du trottoir avec les enfants du quartier, le facécieux Dizzy Gillespie tirant la langue à Roy Eldridge, Lester Young arborant son éternel chapeau noir et Sonny Rollins, pensif derrière ses lunettes noires. A noter que le pianiste Willie "The Lion" Smith, pourtant présent, ne figure pas sur la photo. Las d'attendre la prise de vue, il était parti s'asseoir un peu plus loin.  

Marian MCPARTLAND 

L'un des objectifs de ce Blog est de faire découvrir des artistes éminents qui sont pourtant méconnus, voire ignorés du public Jazz. C'est le cas de Marian McPartland. Elle est née Marian Margareth Turner, le 21 mars 1918, à Windsor en Angleterre. La plupart des spécialistes du Jazz la qualifient cependant de pianiste Américaine car elle a effectué la majeure partie de sa carrière aux Etats-Unis où elle s'est établie en 1946. A cette époque, elle intègre la formation de son mari, le cornettiste Jimmy McPartland. Au début des années cinquante, elle joue de plus en plus souvent en solo, prenant son indépendance par rapport à l'orchestre de son mari. En 1952, elle "s'installe" dans l'un des plus fameux cluds de la 52e Rue, à New York, le Hickory House". Les meilleurs Jazzmen de l'époque se pressent pour l'écouter et elle acquiert l'estime de ses pairs. Elle devient une vraie référence pour les pianistes qui apprécient son jeu raffiné, emprunt d'un swing élégant. Elle restera au Hickory House jusqu'en 1960, à la tête de son trio (Max Wayne puis Bill Crow à la basse et Mousie Alexander puis Joe Morello à la batterie). Ensuite, elle connait une longue traversée du désert qui ne l'empêche pas d'enregistrer de nombreux disques pour "Concorde" et pour son propre label "Halcyon".    

     Marian McPartland - Piano Jazz

Depuis 1979, elle anime l'émission "Marian McPartland's Piano Jazz" sur NPR (National Public Radio), la principale station de radio publique Américaine. Autour de deux pianos, Marian interviewe ses invités. Tour à tour en solo ou en duo, elle et ses invités font le tour de leurs horizons pianistiques et musicaux. Parmi ses invités les plus prestigieus, Bill Evans, Oscar Peterson, Mel Torme, Ray Charles, McCoy Tyner, Dave Brubeck, George Shearing, Ahmad Jamal, Keith Jarrett ou Brad Mehldau. A 94 ans, elle joue toujours du piano avec ce touché raffiné qui a fait sa renommée.

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