"Jazz is not just Music. It's a way of Life, It's a way of Being, A way of Thinking". Nina Simone


Cette Newsletter est placée sous le signe du Jazz vocal. Avec "Impressions Of Ella", Robin McKelle nous offre le disque de référence que j'attendais personnellement depuis longtemps.

Quant à John Pizzarelli, guitariste et crooner, valeur sûre de la scène New Yorkaise, avec "Stage And Screen", il fête le 40e anniversaire de son premier enregistrement et il excelle une nouvelle fois dans son interprétation des standards. Voilà deux albums que je vous recommande tout particulièrement.

Le morceau du mois

Robin MCKELLE / Old Devil Moon

​​Disques

Robin MCKELLE / Impressions Of Ella


En 2006, parution de l'album "Introducing Robin McKelle". Dès l'écoute de ce premier disque, j'avais acquis la conviction qu'avec la chanteuse de Rochester, une étoile était née. 17 ans et 9 albums plus tard, elle se lance dans un périlleux pari, rendre hommage à l'incomparable Ella Fitzgerald. D'autres avant elle s'y sont risquées, en particulier ces dernières années, Dee Dee Bridgewater avec "Dear Ella" (1997) et Anne Ducros "Ella My Dear" (2010). Mais ce "Impressions Of Ella" surpasse ces enregistrements pourtant remarquables. Dès l'écoute du premier titre "Old Devil Moon", on constate que la voix a mûri, elle a pris de l'ampleur avec toujours ce léger voile si caractéristique et ce subtil décalage du tempo. Et puis, quel swing ! Pour ce projet, Robin McKelle s'est entourée d'un trio de premier ordre avec Kenny Barron (piano, Peter Washington (basse) et Kenny Washington (batterie). A noter la présence d'un Guest de haut vol, Kurt Elling sur "I Won't dance".
Les 11 titres de l'album sont un véritable régal, des pépites à déguster sans modération.

"The First Lady Of Song" serait à coup sûr fière de cet hommage si réussi.

"The only thing better than singing is more singing" Ella Fitzgerald

"Impressions of Ella" est comme un retour à la maison pour moi. Comme une réunion familiale après des années de séparation. Une reconnexion avec la musique qui m’a nourrie pendant toutes mes années de formation musicale, et qui furent largement influencées par Ella Fitzgerald. Sa voix puissante, son scat explosif et son ton si délicat m’ont marqué à jamais. Je voulais célébrer son style et son son tout en gardant ma propre individualité. J’ai eu la chance d’être accompagnée par Kenny Baron, un pianiste légendaire, Kenny Washington (batterie) et Peter Washington (contrebasse). Ils ont interprété ces titres avec une finesse remarquable. Leur connaissance du style et du repertoire est indéniable et ils ont influé un nouveau souffle à ces classiques. J’ai visé les étoiles avec cet album et j’espère que vous l’aimerez autant que je l’aime". Robin McKelle

https://robinmckelle.com/       https://kennybarron.com/

       


Ne ratez-pas le numéro de juin de Jazz Magazine qui fait la part belle aux chanteuses avec Nina Simone à la une. Vous y retrouverez une passionnante interview de Robin McKelle par mon ami Philippe Vincent ainsi que sa propre chronique de l'album. Et puis, à l'attention des lecteurs du Poitou-Charentes, notez que Robin McKelle sera le 15 juin sur la scène de Jazzellerault, le festival de Chatellerault.

https://festival-jazzellerault.fr/

Enfin, la parution de l'album de Robin McKelle est l'occasion de réécouter "People Time - The Complete Recordings", enregistré au Café Montmartre de Copenhague en mars 1991, par le duo Stan Getz / Kenny Barron. Ce coffret de 7 disques est un must que chaque amateur de Jazz se doit de posséder. Ce sont des moments magiques de complicité entre deux artistes hors du commun, alors même que Stan Getz était très amoindri. Il décédera d'ailleurs 3 mois plus tard, le 6 juin.

"Cette musique est vraie, honnête, pure et belle, malgré la douleur qui l’habite ou grâce à elle". Kenny Barron

John PIZZARELLI / Stage And Screen


Les lecteurs assidus de ce Blog savent combien j'apprécie le guitariste et chanteur John Pizzarelli. Spécialiste du "Great American Songbook", il fête 40 ans de carrière avec ce "Stage And Screen". A la tête de son nouveau trio (Mike Karn - Basse et Isaiah J. Thompson - Piano), il revisite un siècle de musique Américaine. John Pizzarelli est un remarquable guitariste, formé par son père Bucky. Il est aussi à l'aise sur les tempos rapides que sur les balades (écoutez "Some Other Time"). C'est aussi un vrai crooner qui aime doubler au chant, ses solos de guitares. Cet album a reçu un excellent accueil de la critique outre Atlantique mais je ne suis pas sûr qu'il en soit de même ici où John Pizzarelli est malheureusement trop mésestimé. J'ai eu la chance de le voir en 2010 sur la scène du festival de jazz de Vancouver. Ce fut une soirée mémorable et une grande leçon de swing ! Un album plaisir.

"En réfléchissant aux chansons que j'aime vraiment jouer, j'ai été frappé par le nombre d'entre elles qui proviennent d'un spectacle de Broadway ou d'un film. Une idée comme "Stage And Screen" me permet d'explorer un large éventail d'auteurs-compositeurs et d'époques et offre une multitude de nouvelles possibilités". John Pizzarelli

https://www.johnpizzarelli.com/

       

Disques - Les sorties en bref



Dans la production récente, voici un album qui mérite le détour.

Houn / Végétale Danse


Fondé en 2013 par le bassiste Frédéric Tronche, Houn a sorti "Vegetale Danse", son premier album, en février dernier. Neuf chansons, neuf histoires, neuf tranches de vie, portées par la chanteuse Roxane Terramorsi à la voix et aux intonations très originales et par quatre musiciens qui naviguent entre le Jazz et le Rock dans un voyage intérieur, une recherche de l’essence des choses et une appréhension du mystère qui en émane. Houn invite le spectateur à suivre ses pas au travers de ces chansons. Un joli album à découvrir.

https://www.houn-music.com/

       

Un morceau, une histoire

Burton LANE & Yp HARBURG / Old Devil Moon


"Old Devil Moon" a été composé par Burton Lane (music) et Yp Harburg (lyrics) pour la comédie musicale "Finian's Rainbow" créée en 1947 au Richard Rodgers Theatre de  Broadway. Ce spectacle a fait l'objet de nombreuses reprises, en particulier au cinéma en 1968 sous la direction de Francis Ford Coppola. Le titre du morceau est une phrase extraite de "Fun To Be Fooled", une chanson composée par le même Burton Lane en 1934 pour le spectacle musical "Life Begins At 8:40". Il existe une multitude de versions de "Old Devil Moon", en voici quelques-unes tout à fait remarquables. Sonny Rollins "A Night At The Village Vanguard" (1957), Anita O'Day "Anita Sings The Most" (1957), Chet Baker "Chet Baker Sings" (1957), Mel Torme "Swings Shubert Alley" (1960), Laurent De Wilde "Colors Of Manhattan" (1990) et bien entendu Ella Fitzgerald "Sweet And Hot" (1955).

"Le compositeur Harold Arlen est venu un soir chez Yp Harburg. Celui-ci a demandé à Burton Lane de lui jouer un morceau avec lequel il s'amusait, nous l'avions écrit pour un film, avec d’autre paroles, mais nous ne l'avions jamais utilisé. Arlen a fait l'éloge de la chanson, alors Harburg a lancé les premières paroles. Il a commencé à chercher une idée, quelque chose qui avait à voir avec la sorcellerie, quelque chose d'étrange, avec des accents de vaudou. Finalement, c’est devenu Old Devil Moon. Étrangement construite car n'y a pas de couplet, la chanson est cependant devenue très populaire". Anecdote rapportée par l'écrivain Max Wilk

       

       

       

Goodbye Tina - La chronique de Philippe VINCENT

Le 24 mai dernier disparaissait Tina Turner. Je l’avais découverte au printemps 1970 en écoutant le pop club de José Arthur car, à l’époque (j’avais seize ans), j’avais chaque soir dans mon lit le transistor collé à mon oreille pour ne pas alerter mes parents qui me croyaient dormir une veille de classe. Je fus subjugué par la version qu’elle fit du Come Together des Beatles et j’achetais bien vite l’album avant d’acquérir quelques mois après Working Together où il y avait la superbe version du Proud Mary des Creedence Clearwater Revival. Il faut dire que Ike Turner était aussi bon musicien que mauvais mari et ses arrangements qui venaient du rhythm’n’blues contribuèrent à me convertir à la musique noire en général. Et un an plus tard, à mon arrivée à Sciences Po, je tombais sur un gars qui me fit découvrir le jazz. Le pacte avec le diable était scellé.


Ana Layla n’a pas grand-chose à voir avec Tina mais sa voix assez grave passée au papier de verre m’a d’abord fait penser à une chanteuse noire. Il faut dire que la pochette pourrait le faire croire car on ne voit même pas son visage, dans l’ombre, et caché par ses cheveux puisqu’elle baisse la tête. A ce propos, y’en a marre de cette mode où les images font regarder leurs pieds aux artistes, mâles ou femelles, comme s’ils avaient honte de quelque chose d’inavouable. Drôle de façon de les rendre  fiers de leur musique. Ceci dit, voilà une chanteuse qu’il faudra suivre. Egalement comédienne, elle sort son premier disque à 35 ans et ce “Introvert and Naked” a un côté brut de décoffrage très séduisant, laissant les chichis à des consœurs moins douées. Un peu de jazz (on reconnaîtra Eric Legnini et Dré Pallmaerts à ses côtés et l’influence de l’éternelle Billie dans Attracted), une grosse pointe de soul, un reggae, Ana n’a peut-être pas encore totalement trouvé sa voix. Mais elle la trouvera car on sent le talent à fleur de peau.

 

       

Dois-je l’avouer, je ne connaissais pas le pianiste Alexis Tcholakian. Mais il y a tellement de musiciens de jazz que celui qui les connait tous n’est pas encore né. Après avoir débuté le piano avec Huguette, une prof à l’ancienne qui lui donnait une claque sur la cuisse à chaque faute, il commença, à l’âge de 18 ans, à remonter le long fil de l’histoire du jazz à partir du jazz-rock (Weather Report, Chick Corea, etc) avant de s’exiler un temps à Boston au Berklee College of Music puis de rentrer à Paris se mettre sous l’aile de Bernard Maury à la Bill Evans Piano Académy. Ce “Dialogos” en duo avec le contrebassiste Lilian Bencini est édité par Camille Productions (Socadisc), courageux label qui se consacre à un jazz dit “classique” que certains ne trouvent pas suffisamment à la mode en oubliant que le classicisme d’aujourd’hui est souvent la modernité d’hier. Mais rien ne nous empêchera d’apprécier la fraîcheur du jeu de ce lointain disciple de Bill Evans.

https://alexistcholakian.wixsite.com/alexis-music

On ne connait pas beaucoup non plus en France Michael Valeanu car il s’est exilé à New-York il y a une dizaine d’années et il est absent des scènes nationales. Avec “Move Your Feet” (Jazz Family / Socadisc) il remet à l’honneur la formule du trio guitare-orgue-batterie avec Fred Nardin et Andreas Svendsen. Après un duo avec Cyrille Aimée et un trio avec saxophone et contrebasse, il présente ici un programme majoritairement dû à sa plume dans un style qui nous rappelle certaines productions des années soixante. Une sonorité belle et claire, un phrasé d’une grande fluidité et un timing sans faille nous donnent envie de voir et d’écouter ce brillant guitariste en concert.

https://www.michaelvaleanu.com/

       


Si on doit dire qu’on n’avait pas été fan du disque précédent de Pierre Marcus, ce “Second Life” (Jazz Family / Socadisc) du contrebassiste remet les choses à l’endroit. Ne vous fiez pas à une couverture de livret où il baisse la tête et les yeux lui aussi comme s’il avait fait une grosse bêtise (décidément les photographes d’aujourd’hui manquent d’idées, où es-tu Giuseppe Pino ?) mais laissez-vous tenter. Il faut avouer que Pierre Marcus s’est très bien entouré avec Baptiste Herbin (saxophones), Simon Chivallon (piano) et Thomas Delor (batterie) plus quelques invités de marque comme Sylvain Gontard, Benjamin Henocq ou Raphaël Pannier. Dès le deuxième morceau, un blues au parfum mingusien, on se sent au pays du jazz et on y restera jusqu’à la fin (l’ombre de Coltrane et de McCoy Tyner plane sur My Beautiful Friends) si ce n’est une incursion dans les Balkans et une autre chez Gabriel Fauré. Un disque réussi avec un très beau et très sobre Gospel Songs (Take My Hand, Precious Lord) de Thomas Dorsey.

http://www.pierre-marcus.com/

       

Philippe Vincent



Directeur de la Société OMD (1983 - 1996) spécialisée dans la distribution de labels Jazz
(Enja, Timeless, Muse, Sunnyside, GRP, etc), créateur du label IDA Records (1984 - 1998)
qui enregistra Barney Wilen, Louis Sclavis, Laurent De Wilde, Enrico Pierannunzi
et bien d'autres, Philippe Vincent est membre de l'Académie du Jazz et collaborateur
régulier de Jazz Magazine depuis 2008.

Festivals

Niort Jazz Festival


La 3e édition du jeune festival Deux-Sévrien se tiendra du 27 au 30 juin dans le parc du Pré-Leroy. Ce festival se veut contemporain et ouvert à tous les publics, en proposant aussi bien des formations de renommée internationale qu'une nouvelle génération de talents. Il met en avant l'univers pluriel du jazz en proposant 4 soirées aux thématiques variées. Il nous offre une très belle programmation avec en  particulier Gregory Porter et le Paul Lay Trio le 27, le Baptiste Herbin & Nicolas Gardel Quartet et le Marcus Miller Quintet le 29.

https://www.niortjazzfestival.com/

       

​​Respire Jazz Festival


La 14e édition du festival Charentais se déroulera du 29 juin au 2 juillet sur le site champêtre de l'Abbaye de Puypéroux. Vous retrouverez toute la programmation sur le site du festival. Pour ma part, je retiens particulièrement le duo Eric Seva et Daniel Zimmermann le 29 juin, le Christian Escoudé Unit 5 le 30, le quintet de la saxophoniste Olga Amelchenko le 1er juillet et le trio Charlier, Sourisse, Winsberg le 2 juillet. A noter également, la conférence musicale de Franck Bergerot intitulée "Carla Bley l'intrépide".

https://www.respirejazzfestival.com/

"Au Festival Respire Jazz, on milite pour que le Jazz soit la musique de tous, à condition qu'elle soit de qualité, généreuse et accessible.
Au Festival Respire Jazz, on croit encore et toujours que les gens ont envie d'être ensemble et de partager des émotions. Alors on donne à voir et à écouter de beaux artistes, on se met en quatre pour que chaque instant soit précieux et surtout on vous accueille dans un lieu magnifique : les jardins d'une ancienne abbaye, nichée au cœur des vallons du Sud Charente, chez nous.
Respire Jazz Festival se veut avant tout une aventure humaine, pour tous ceux qui y participent, public, artistes et bénévoles. On y partage des émotions musicales mais aussi un verre à la buvette ou un repas (100% bio) et on finit la soirée en profitant de la magie des jam sessions, parfois jusqu’au bout de la nuit
".

       

​​Une artiste à découvrir ou à redécouvrir

Zinaida SEREBRIAKOVA (1884 - 1967)

Zinaida Evguenievna Serebriakova est une artiste Russe née en 1884 à Neskoutchnoyé. Elle se forme à l'école d'art fondée par la princesse Maria Tenicheva où elle est l'élève du peintre Ukrainien Ilia Répine. Comme beaucoup d'artistes de son temps, sa vie est bouleversée par la révolution d'octobre.  Restée à l'écart du style futuriste en vogue à l'époque, elle demeure fidèle au réalisme et se distingue par ses qualités de coloriste comme en témoigne la toile ci-dessous.
Elle s'installe définitivement en France en 1924 où elle obtient enfin la reconnaissance de son talent.

"La moisson" - Huile sur Toile - 142 X 177 (1915)
Musée de Beaux-Arts d'Odessa

Une photo, une histoire

France - Auvergne - Montmorin - Le châtelet d'entrée du château - 27 janvier 2022

Le château de Montmorn, est le berceau de la famille de Montmorin de Saint Hérem, l'une des plus puissantes familles de la noblesse Auvergnate. Il subsiste d'importants vestiges de cette forteresse médiévale dont la partie la plus ancienne date du XIIe siècle, en particulier le châtelet d'entrée avec ses deux tours rondes (XIVe siècle). Un petit musée est installé dans le corps de garde.

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New York - Birdland - 13 Novembre 2004

"I don't have a definition of Jazz. You're just supposed to know it when you hear it".
Thelonious Monk

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